Dodge Charger 1968 à 1970 : fiche technique et cote

La deuxième génération de la Dodge Charger reste la plus recherchée par les amateurs français d'américaines. Sa carrosserie « coke-bottle » aux vitres arrière encastrées a marqué trois millésimes, 1968, 1969 et 1970, avec des moteurs allant du six-cylindres de série au 426 Hemi. Avant de signer un chèque ou de réserver un conteneur, il faut savoir ce qui distingue ces trois années et ce que vaut réellement chaque version en 2026.

En bref

  • La Dodge Charger 1968-1970 partage une même carrosserie, mais la calandre, les feux et la finition intérieure changent chaque année.
  • Six motorisations se sont succédé : du Slant-Six 225 à 145 ch jusqu'au 426 Hemi à 425 ch.
  • En France, la cote 2026 s'étend d'environ 25 000 € pour un modèle de base à plus de 150 000 € pour un 426 Hemi matching numbers.
  • Le millésime 1969 concentre la demande la plus forte, porté par la version SE et par sa notoriété culturelle.
  • Rouille de caisse, boîte automatique Torqueflite fatiguée et faux R/T sont les trois pièges les plus fréquents à l'achat.
  • Comptez entre 1 500 et 3 000 € de budget d'entretien annuel selon l'état et l'usage de la voiture.

Dodge Charger 1968, 1969, 1970 : quelles différences entre les millésimes ?

Les trois années partagent la même plateforme B-body et la même silhouette, mais chaque calandre identifie l'année au premier coup d'œil.

  • 1968 : lancement de la génération avec une calandre noire divisée par une barre chromée horizontale, des phares escamotables et des feux arrière ronds. 96 000 exemplaires sont sortis d'usine, un record pour la Charger.
  • 1969 : restylage avec une calandre séparée en deux blocs par une bande centrale chromée verticale, et des feux arrière rectangulaires. La finition SE apparaît, avec sellerie cuir/vinyle, boiseries intérieures et clignotants sur le capot. 89 199 unités produites.
  • 1970 : nouvelle calandre pleine largeur avec écusson central et une face arrière redessinée. La banquette arrière évolue avec un dossier fractionné. La production chute à 46 315 exemplaires, la faute à l'arrivée de la Challenger dans la gamme Dodge la même année.

Le millésime 1969 reste le plus demandé par les collectionneurs français, notamment à cause de sa présence culturelle marquée : c'est la robe portée par le « General Lee » de la série Dukes of Hazzard, tandis que le 1968 doit sa notoriété au film Bullitt. Cette exposition médiatique pèse directement sur la cote des exemplaires 1969, souvent 10 à 15 % plus chers qu'un 1968 ou un 1970 équivalent en motorisation.

Fiche technique des moteurs Dodge Charger 1968-1970

Six blocs V8 (et un six-cylindres) ont équipé la Charger sur ces trois années. Les chiffres ci-dessous correspondent aux données constructeur d'origine.

Moteur Cylindrée Puissance Couple Carburation Boîte
Slant-Six 225 3,7 L 145 ch à 4 000 tr/min environ 28 mkg 1 corps Manuelle 3 rapports
V8 318 5,2 L 230 ch à 4 400 tr/min 47,0 mkg à 2 400 tr/min 2 corps Manuelle 4 rapports ou Torqueflite
V8 383 2 corps 6,3 L 290 ch environ 50 mkg 2 corps Manuelle 4 rapports ou Torqueflite
V8 383 4 corps 6,3 L 330 ch environ 52 mkg 4 corps Manuelle 4 rapports ou Torqueflite
V8 440 Magnum 7,2 L 375 ch à 4 600 tr/min 66,4 mkg à 3 200 tr/min 4 corps Manuelle 4 rapports ou Torqueflite
V8 440 Six Pack (1970) 7,2 L 390 ch environ 68 mkg 3 x 2 corps Manuelle 4 rapports ou Torqueflite
V8 426 Hemi 7,0 L 425 ch à 5 000 tr/min 67,8 mkg à 4 000 tr/min 2 x 4 corps Manuelle 4 rapports ou Torqueflite

Instructions de lecture du tableau : le 426 Hemi n'a jamais représenté plus de 1 à 2 % de la production annuelle, une rareté qui explique son écart de cote avec les autres blocs. Le 440 Six Pack, réservé au millésime 1970, remplace le 440 Magnum comme moteur haut de gamme non-Hemi cette année-là, avec ses trois carburateurs double corps Holley.

Toutes les versions partagent des freins à disque à l'avant et à l'arrière, une direction à crémaillère et une propulsion classique. La longueur de caisse atteint 520 cm pour une largeur de 195 cm, quel que soit le moteur installé. Le poids à vide se situe généralement entre 1 600 et 1 750 kg selon la finition et les options, un chiffre qui pèse directement sur le comportement routier des versions les moins puissantes.

Quelle est la cote d'une Dodge Charger 1968-1970 en 2026 ?

La cote d'une Charger dépend d'abord du moteur et de la version, ensuite seulement du millésime. Sur le marché français et européen, les fourchettes observées en 2026 s'établissent ainsi :

Version Fourchette de prix 2026
Slant-Six ou 318 de base 25 000 à 40 000 €
383 2 ou 4 corps 35 000 à 55 000 €
R/T 440 Magnum 60 000 à 100 000 €
R/T 440 très bon état, matching numbers jusqu'à 135 000 €
426 Hemi authentique à partir de 150 000 €

Ces montants concernent des exemplaires en état de route correct, sans gros chantier de restauration à prévoir. Un projet à restaurer se négocie logiquement 30 à 50 % en dessous de ces bases, mais le coût d'une remise en état complète dépasse fréquemment l'écart de prix constaté à l'achat.

La tendance de fond reste haussière pour les versions R/T et Hemi à numéros concordants : la demande européenne dépasse l'offre disponible, avec une progression annuelle estimée entre 10 et 15 % sur ce segment ces dernières années. Les versions de base progressent plus lentement, portées surtout par la hausse générale du marché des américaines de collection.

Dodge Charger R/T, SE et Daytona : quelle version choisir ?

Trois profils de Charger se distinguent nettement sur cette génération.

  • R/T (Road/Track) : le package performance de la gamme, associé au 440 Magnum ou au 426 Hemi, avec suspension renforcée et freins à disque de série. C'est la version la plus recherchée pour un usage routier dynamique.
  • SE (Special Edition), apparue en 1969 : orientée confort avec sellerie cuir/vinyle et boiseries, compatible avec tous les moteurs. Un bon compromis pour un usage quotidien sans sacrifier l'allure.
  • Daytona (1969) : un modèle à part, homologué en NASCAR avec un becquet arrière géant et un nez profilé allongé. Seuls 503 exemplaires ont été produits sur base Charger. Sa cote se compte en centaines de milliers d'euros aux enchères et sort largement du budget d'un premier achat.

Pour un premier achat, une R/T 383 ou 440 Magnum offre le meilleur équilibre entre budget, performances et facilité d'entretien : les pièces mécaniques restent largement disponibles, contrairement au bloc Hemi.

Points faibles et pièges à l'achat d'une Dodge Charger 1968-1970

Trois défauts reviennent systématiquement sur cette génération, indépendamment du millésime.

  • La rouille de caisse : bas de caisse, points d'ancrage des ceintures, planchers et bas des ailes arrière. Le climat humide du Nord-Est des États-Unis a laissé de nombreux exemplaires perforés avant leur import.
  • La boîte Torqueflite fatiguée : patinage à froid, passages tardifs ou à-coups signalent un kit de joints ou une révision complète à prévoir, un poste de 800 à 1 500 € selon l'atelier.
  • Les fausses R/T : le package R/T a fait l'objet de nombreuses reconstitutions sur des bases 318 ou 383 de série. Un numéro de VIN décodé et une plaque de fabrication (fender tag) cohérents sont indispensables avant toute négociation sur une version annoncée R/T ou Hemi.

Un contrôle du numéro de moteur face au VIN reste la seule façon fiable de vérifier une annonce « matching numbers », un critère qui peut faire varier le prix du simple au double sur une même version.

Quel budget d'entretien annuel prévoir pour une Dodge Charger 1968-1970 ?

Pour un usage de loisir de 1 500 à 3 000 km par an, comptez :

  • 1 500 à 2 000 € pour un modèle 318 ou 383 en bon état : vidanges, freins, pneus, entretien de l'allumage.
  • 2 000 à 3 000 € pour une R/T 440, avec un carburateur quatre corps plus exigeant en réglage et une consommation plus élevée.
  • Au-delà de 3 000 € pour un 426 Hemi, dont les pièces spécifiques (carburateurs, distribution, échappement) coûtent nettement plus cher que sur les autres blocs.

Ce budget n'inclut pas l'assurance collection, généralement comprise entre 150 et 400 € par an selon le kilométrage déclaré et la valeur assurée.

Pour quel profil la Dodge Charger 1968-1970 est-elle un bon choix ?

Pour un premier achat en américaine ancienne, une Charger 318 ou 383 de base reste accessible et facile à entretenir, avec un réseau de pièces détachées fourni. Pour un usage routier régulier, la R/T 440 Magnum combine performance réelle et fiabilité mécanique correcte, sans les contraintes d'entretien du bloc Hemi.

Pour un projet d'investissement, seuls les R/T et Hemi à numéros concordants et en bon état d'origine ont montré une progression de cote régulière ces dernières années. Une Charger de base achetée comme placement reste un pari risqué : sa valeur suit surtout l'inflation générale du marché, pas une dynamique de rareté propre au modèle.

Image : Hannes Drexl, CC BY-SA 3.0 (recadrée), via Wikimedia Commons