La Plymouth Road Runner arrive en 1968 avec un objectif simple : vendre une voiture rapide sans vider le portefeuille de l'acheteur. Chrysler dépouille l'habitacle, garde un gros V8 et colle un dessin animé sur le capot. Le pari fonctionne tout de suite : plus de 44 000 exemplaires vendus dès la première année. Nous détaillons ici les motorisations, les générations, la cote actuelle et les pièges à éviter avant d'acheter.
En bref
- La Road Runner est née en 1968 chez Plymouth, filiale de Chrysler, pour proposer une muscle car puissante sous les 3 000 dollars.
- Le moteur de série est un V8 383 (6,3 L) de 335 ch ; le HEMI 426 optionnel grimpe à 425 ch pour 714 dollars de plus en 1968.
- Trois générations se succèdent : 1968-1969, 1970-1972, 1973-1980, avec une chute de puissance après 1971 à cause des normes antipollution.
- Le nom et le klaxon « beep beep » viennent d'une licence payée 60 000 dollars à Warner Bros pour le personnage Bip-Bip.
- En France, les prix observés en 2026 vont de 23 000 € pour une version tardive à plus de 65 000 € pour un modèle 1969-1970 Six Pack bien documenté.
- Les exemplaires HEMI ou cabriolet « matching numbers » sont les seuls qui prennent de la valeur de façon fiable ; les coupés de base stagnent.
Qu'est-ce que la Plymouth Road Runner ?
La Road Runner est une berline intermédiaire sportive construite par Plymouth entre 1968 et 1980. Elle repose sur la plateforme Chrysler B, la même que la Belvedere et la Satellite. Plymouth la positionne sous sa propre GTX et sous la Pontiac GTO, en retirant les équipements de confort pour baisser le poids et le prix.
Le résultat visé est précis : atteindre le quart de mile (402 mètres) en moins de 14 secondes, pour moins de 3 000 dollars à l'achat. L'habitacle de 1968 confirme ce choix : banquette en vinyle, peu d'options, pas de direction assistée ni de servofrein de série. Chaque dollar économisé sur le confort part dans le moteur.
Le nom vient du personnage de dessin animé Bip-Bip, le roadrunner poursuivi par Vil Coyote dans les cartoons Warner Bros. Plymouth cherche un nom qui évoque la vitesse et l'accessibilité, loin des noms grandiloquents de ses concurrentes.
Pourquoi Plymouth a-t-elle choisi Bip-Bip comme emblème ?
Plymouth verse 50 000 dollars à Warner Bros-Seven Arts pour utiliser le nom et l'image du personnage, puis 10 000 dollars supplémentaires pour développer un klaxon imitant son cri « beep beep ». À l'époque, cette somme représente un investissement marketing inhabituel pour une voiture d'entrée de gamme chez les muscle cars.
Le pari paie immédiatement. La Road Runner se classe troisième des muscle cars les plus vendues de 1968, derrière la Pontiac GTO et la Chevrolet Chevelle SS-396. Dès 1969, la production dépasse les 84 000 exemplaires toutes carrosseries confondues, un record pour le modèle.
La licence inspire aussi un autocollant et un dessin de Bip-Bip sur le volant, signé par l'illustrateur John Wiley. Dodge réplique la même année avec la Super Bee, un concept quasi identique sur la même plateforme B.
Quelles motorisations équipent la Road Runner ?
Le moteur de série évolue fortement entre 1968 et 1980, sous l'effet des normes antipollution américaines de 1971. Voici les principales motorisations proposées sur le modèle :
| Moteur | Cylindrée | Puissance | Période | Remarque |
|---|---|---|---|---|
| V8 383 | 6,3 L | 335 ch (300 ch dès 1971) | 1968-1971 | Moteur de série, la base de la plupart des Road Runner |
| HEMI 426 | 7,0 L | 425 ch, 490 lb-pi | 1968-1971 | Option à 714 $ en 1968 ; seulement 840 exemplaires HEMI en 1968 |
| 440 Six Pack | 7,2 L | 390 ch (385 ch dès 1971) | 1969-1971 | Trois carburateurs double corps, alternative au HEMI à l'entretien plus simple |
| 340 | 5,6 L | 240 ch | 1971-1973 | Moteur intermédiaire, plus économe |
| 318 | 5,2 L | 225 ch | dès 1973 | Devient la base après le retrait du 383 |
Le Six Pack (trois carburateurs double corps Holley) équipe le 440 à partir de 1969 et coûte moins cher à l'achat que le HEMI, pour une puissance proche sur route. L'Air Grabber, une trappe d'admission d'air mobile sur le capot, accompagne souvent cette motorisation.
La boîte manuelle à 4 rapports est de série jusqu'au début des années 1970, avec une automatique TorqueFlite à 3 rapports en option. L'allumage électronique arrive en 1972, et un ordinateur de bord rudimentaire apparaît en 1977 sur les dernières versions.
Quelles sont les générations de la Road Runner ?
Le modèle traverse trois générations distinctes, chacune avec sa propre identité technique et commerciale.
| Génération | Années | Caractéristiques principales |
|---|---|---|
| 1re génération | 1968-1969 | Carrosserie Belvedere allégée, coupé puis hardtop (1969) et cabriolet (1969), HEMI disponible |
| 2e génération | 1970-1972 | Carrosserie Satellite restylée par John E. Herlitz, absorption de la GTX en 1972, puissance en baisse dès 1971 |
| 3e génération | 1973-1980 | Nouvelle carrosserie « fuselage », moteurs bridés, bascule vers la Fury en 1975 puis vers la compacte Volaré en 1976-1980 |
La première génération concentre l'essentiel de l'intérêt des collectionneurs : c'est la seule période où le HEMI 426 reste disponible sans restriction et où la carrosserie reste fidèle à l'esprit d'origine. À partir de 1973, la Road Runner devient surtout un nom apposé sur des carrosseries de moins en moins sportives, jusqu'à disparaître en 1980 sur une Volaré compacte.
Combien coûte une Plymouth Road Runner aujourd'hui ?
Les prix d'occasion observés en France en 2026 varient fortement selon le moteur, l'année et l'état de restauration :
- Une version tardive (base Satellite/Fury, V8 d'entrée de gamme, boîte automatique) se négocie autour de 23 000 €.
- Un modèle 1969-1970 avec 440 Six Pack documenté se situe entre 49 000 € et 65 000 € selon la finition et l'historique.
- Les exemplaires rares, comme une version « Vitamin C » 440 Six Pack annoncée par un marchand américain, peuvent dépasser 75 000 €.
- Aux enchères américaines, un exemplaire 1969 restauré avec moteur 383 d'origine (« matching numbers ») s'est vendu 38 000 dollars chez Barrett-Jackson, tandis qu'un 1968 accidenté est parti à 23 200 dollars sur une plateforme de reventes de véhicules sinistrés en 2025.
Attention : le faible nombre d'annonces disponibles en France rend la cote moyenne peu fiable sur de petits échantillons. Le prix dépend avant tout de trois éléments : la présence ou non du HEMI, le statut « matching numbers » du bloc moteur, et la carrosserie (le cabriolet se négocie nettement au-dessus du coupé et du hardtop).
Quels sont les points faibles et pièges à connaître avant l'achat ?
La Road Runner reste une voiture conçue pour être construite au moindre coût en 1968. Certains choix d'origine se paient aujourd'hui en entretien ou en sécurité.
- Freinage d'origine limité : tambours aux quatre roues de série, disques avant seulement en option. Sur une voiture utilisée régulièrement, un kit de freins à disque à l'avant change radicalement le comportement.
- Direction non assistée : lourde à basse vitesse, surtout avec un gros bloc HEMI ou 440 à l'avant. À essayer avant d'acheter si vous comptez rouler en ville.
- Rouille structurelle : comme sur la plupart des Mopar B-body, les bas de caisse, planchers de coffre et points d'ancrage de suspension rouillent. Une inspection au pont est indispensable avant tout achat.
- Carburateurs multiples capricieux : le Six Pack demande un réglage régulier et précis. Un mauvais réglage fait perdre une partie de la puissance annoncée et augmente la consommation.
- Faux HEMI et numéros refaits : la forte prime de valeur du moteur HEMI 426 a poussé certains vendeurs à installer un bloc de remplacement en le présentant comme d'origine. Vérifiez systématiquement la plaque de porte (fender tag) et le numéro de VIN avant de payer le surcoût HEMI.
- Entretien HEMI plus coûteux : pièces spécifiques, double carburation, consommation élevée. Comptez un budget d'entretien annuel supérieur à celui d'un 383 classique.
Pour quel profil d'acheteur la Road Runner est-elle un bon choix ?
- Premier achat ou budget serré : privilégiez un coupé ou hardtop équipé du V8 383 d'origine, en boîte automatique. Les pièces mécaniques restent disponibles et abordables, et le moteur demande moins d'entretien qu'un HEMI ou un 440 Six Pack.
- Usage quotidien ou roulant : la Road Runner se conduit, mais prévoyez un budget pour des disques avant et une direction en bon état. Sans ces mises à niveau, le freinage d'origine n'est pas adapté à une circulation moderne.
- Projet d'investissement : seuls les exemplaires HEMI, les cabriolets et les voitures « matching numbers » documentées prennent de la valeur de façon fiable. Un coupé de base à moteur 318 ou 340 reste un plaisir de conduite, pas un placement.
- Projet de restauration : les 1968-1969 bénéficient d'un bon soutien en pièces de carrosserie reproduites, contrairement aux versions 1973-1980, plus rares à restaurer faute de pièces disponibles.
La Road Runner n'est pas la muscle car la plus rare ni la plus puissante de son époque. Elle reste, pour un amateur qui cherche un premier modèle américain accessible à entretenir, l'une des entrées les plus raisonnables dans le muscle car des années 1968-1969.
Image : MercurySable99, CC BY-SA 4.0 (recadrée), via Wikimedia Commons
