Peter Miles, le fils de Ken Miles qui garde vivante la légende du GT40

Le nom de Ken Miles est associé au Ford GT40, à la Cobra et à la victoire de Ford aux 24 Heures du Mans 1966. Celui de son fils, Peter Miles, ressort régulièrement depuis la sortie du film Ford v Ferrari en 2019 et les récentes vidéos où il reprend le volant de la voiture de son père. Qui est-il, et quel rôle a-t-il réellement joué dans cette histoire ?

En bref

  • Peter Miles est né le 28 septembre 1950, fils unique de Ken Miles et de Mollie Miles.
  • Il avait presque 16 ans quand il a été témoin de l'accident mortel de son père, le 17 août 1966, à Riverside International Raceway.
  • Il a travaillé quatre ans chez Troutman & Barnes, l'atelier de préparation de Dick Troutman, avant de rejoindre Precision Performance Inc. (PPI) en 1986.
  • Chez PPI, il devient chef mécanicien d'Ivan « Ironman » Stewart, qu'il mène à la victoire du Nissan 400 en 1991.
  • Il a conseillé Christian Bale et Caitriona Balfe pour l'authenticité du film Ford v Ferrari (2019), où il est incarné enfant par l'acteur Noah Jupe.
  • En 2021, Ford l'a invité à repiloter la Ford GT Heritage Edition, hommage à la victoire de son père au Daytona 24 Hour 1966.
  • Il occupe aujourd'hui le poste d'administrateur exécutif d'une collection automobile privée évaluée à plus de 80 millions de dollars.

Qui est peter miles, le fils de ken miles

Peter Miles est le seul enfant de Ken Miles et de son épouse Mollie. Contrairement à ce que son nom pourrait laisser penser dans un contexte américain, il n'a jamais couru en compétition automobile de haut niveau. Sa trajectoire est celle d'un homme resté proche des voitures et des circuits, mais du côté du garage et de la préparation plutôt que du volant.

Sa vie bascule le 17 août 1966. Presque âgé de 16 ans, il assiste à l'accident qui coûte la vie à son père, lors d'une séance d'essais du prototype Ford J-car à Riverside International Raceway, en Californie. La voiture se disloque et prend feu après un décrochage aérodynamique à plus de 320 km/h. Cette scène, reconstituée dans Ford v Ferrari, a longtemps été la partie la plus documentée de sa vie publique. Le reste de son parcours, lui, est resté largement dans l'ombre jusqu'à la sortie du film.

Ken miles, son père : de mécanicien anglais à pilote d'essai du gt40

Comprendre Peter Miles impose de revenir sur son père. Kenneth Henry Jarvis Miles naît le 1er novembre 1918 à Sutton Coldfield, en Angleterre. Apprenti chez Wolseley Motors dès 15 ans, il sert ensuite comme sergent dans l'armée britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, avant de s'installer en Californie en 1952.

Ken Miles rejoint l'écurie de Carroll Shelby au début des années 1960. Il devient pilote d'essai en chef de Shelby American en 1963, un rôle qui consiste à valider et fiabiliser les voitures avant leur mise en course. Il participe au développement de la Cobra 289, de la Cobra 427 et de la Daytona Coupe, puis à celui du Ford GT40, la voiture que Ford engage pour battre Ferrari aux 24 Heures du Mans.

Ses résultats en compétition sont concrets :

Année Course Voiture Résultat
1965 Daytona 2000 km Ford GT Mk I 1er, avec Lloyd Ruby
1965 12 Heures de Sebring Ford GT40 2e général, 1er de catégorie
1966 24 Heures de Daytona Ford GT Mk II 1er, avec Lloyd Ruby
1966 12 Heures de Sebring Ford GT40 1er
1966 24 Heures du Mans Ford GT Mk II 2e, arrivée controversée

Aux Mans 1966, Ken Miles est en tête quand la direction de Ford lui demande de ralentir pour une photo d'arrivée groupée des trois GT40 du constructeur. La voiture de Bruce McLaren, partie plus loin derrière au départ, est finalement déclarée victorieuse au règlement sur la distance parcourue. Deux mois plus tard, le 17 août 1966, Ken Miles meurt en testant le J-car, le prototype qui deviendra le Ford GT40 Mk IV vainqueur au Mans en 1967.

Le rôle de peter miles dans le tournage de ford v ferrari

Quand James Mangold prépare Ford v Ferrari (sorti Le Mans 66 en Europe), sorti en salles le 15 novembre 2019, Peter Miles est sollicité pour garantir la justesse du portrait de son père. Il transmet à Christian Bale des coupures de presse, des articles de magazines, des photos personnelles et des enregistrements audio de Ken Miles. Il rencontre aussi Caitriona Balfe, qui interprète Mollie Miles, et lui fournit des clichés et une description de sa mère.

Peter Miles assiste à une projection privée du film avant sa sortie. Dans le film, il est représenté enfant par l'acteur Noah Jupe, dans des scènes qui vont jusqu'à la reconstitution de l'accident mortel de son père. Interrogé par 24 Heures du Mans peu avant la sortie, il confie n'être retourné au Mans qu'une seule fois depuis 1965, année où il avait accompagné son père sur la course. Il se dit également fan de Formule 1 et de courses vintage, avec une préférence marquée pour l'endurance plutôt que pour le NASCAR sur circuit ovale.

La carrière de peter miles après la mort de son père

Peter Miles ne devient pas pilote professionnel, mais il ne quitte jamais le monde automobile. Quelques mois après le décès de son père, il rejoint l'atelier Troutman & Barnes, à Culver City, en Californie, fondé par Dick Troutman, un ami de Ken Miles. Il y reste quatre ans, à apprendre le métier de préparateur.

En 1986, il intègre Precision Performance Inc. (PPI), la structure de course tout-terrain de Cal Wells partenaire de Toyota. Il y débute comme fabricant, avant de devenir mécanicien puis chef mécanicien. C'est à ce poste qu'il accompagne Ivan « Ironman » Stewart, pilote tout-terrain associé à Toyota pendant trois décennies, jusqu'à la victoire au Nissan 400 en 1991, dans le Nevada.

Sa carrière prend ensuite un tournant vers la gestion de collections automobiles de haut niveau. Peter Miles devient administrateur exécutif de la collection de William E. Connor II, estimée à plus de 80 millions de dollars et comprenant notamment une Ferrari 250 GTO, un modèle dont un exemplaire s'est vendu 48,4 millions de dollars aux enchères en 2018. Il a également supervisé la fabrication de dix répliques de Cobra 427 en édition limitée, construites comme copies exactes de la CSX 3002, la Cobra personnelle de Ken Miles datant de 1965, en hommage à son père.

2021 : peter miles reprend le volant de la ford gt heritage edition

En 1966, Ken Miles et Lloyd Ruby remportent les 24 Heures de Daytona au volant de la Ford GT Mk II numéro 98, blanche à liserés noir et rouge. Cinquante-cinq ans plus tard, Ford célèbre cette victoire avec la Ford GT Heritage Edition 2021, une série spéciale reprenant cette livrée.

Pour l'occasion, Ford invite Peter Miles à tester la voiture sur le circuit de Daytona, en compagnie de Joey Hand, pilote professionnel ayant participé au développement de la GT moderne. Hand lui montre d'abord la voiture sur quelques tours rapides avant de lui céder le volant. Peter Miles décrit ce moment comme une manière de renouer avec l'expérience de son père, saluant l'absence de tout élément superflu sur la voiture, un jugement de mécanicien plus que d'amateur de sensations.

Le shelby cobra « flip-top », la voiture qui relie ken et peter miles

Une autre voiture concentre l'histoire familiale : la Shelby Cobra CSX2196, surnommée « Flip-Top » en raison de sa carrosserie à capote articulée. Ken Miles la sort de la route lors d'un accident aux 12 Heures de Sebring 1964, un épisode qui marque le début de son histoire particulière au sein du programme Cobra 427.

Pete Brock, le designer de la Shelby Daytona Coupe, et Peter Miles ont raconté ensemble, dans des vidéos diffusées en 2026, l'histoire d'origine de ce prototype d'usine. Plus de soixante ans après l'accident de Sebring, Peter Miles est remonté au volant de la voiture de son père, un moment documenté par plusieurs comptes spécialisés dans les collections Shelby. Pour un passionné d'américaines de collection, cette Cobra illustre un principe central du marché des voitures d'exception : la valeur d'un châssis numbers matching tient autant à son histoire documentée qu'à sa mécanique.

Peter Miles reste aujourd'hui une source rare et directe sur cette période de l'histoire Shelby et Ford. Il n'a jamais cherché la lumière que son père a connue de son vivant, ni celle que le cinéma lui a valu après sa mort. Mais chaque apparition publique, qu'il s'agisse d'un tournage, d'un volant repris à Daytona ou d'une Cobra retrouvée, ajoute une pièce vérifiable à un dossier que les amateurs de GT40 et de Cobra continuent de reconstituer patiemment.

Image : Guillaume Vachey, CC0 (recadrée), via Wikimedia Commons